Je sais, ce titre fait peur. Le Gap of Dunloe, c'est pas le Gap de la rue de Rennes (Lu, c'est toi qui voulait de l'humour klarien). C'est bien plus dangereux. Cet article sera consacré au récit
détaillé de la randonnée effectuée le dimanche 21 octobre de l'an de grâce 2007.
Il y a un club de mountaineering à UCC. Mountaineering on croit que ça veut dire randonnée en français. On comprend assez rapidement que ça se traduit plutôt par alpinisme (je sais que y a pas
d'alpes en Irlande, c'est une image). Tous les dimanches ils organisent des "randonnées" (par commodité on les nommera ainsi) aux alentours de Cork. Enfin, ils organisent des randonnées jusqu'à fin
novembre début décembre, parce qu'après les conditions climatiques ne permettent plus de crapahuter dans les vertes collines irlandaises.
Les randonneurs sont des gens qui se lèvent tôt. Rendez-vous au bus à 8h15 environ, ce qui veut dire lever à 7h (un dimanche matin, essayez d'imaginer un peu). On part avec les filles (Marie,
Manon, Manu, Emilie) à 8h00 de Victoria Lodge.
Les randonneurs sont également des gens bien équipés. Ils savent que la nature est hostile. Je ne suis pas une randonneuse. On repère assez vite dans le car les vrais randonneurs, ceux qui ont de
bonnes chaussures, des pantalons imperméables, et tout le matos. Les autres, les touristes (dont moi) sont en baskets et en jogging. La classe internationale.
Après deux heures de car, arrivée dans le Gap of Dunloe. Ce charmant endroit se situe à l'Ouest de Cork, dans le Ring of Kerry, pas très loin de Killarney. En fait, plus précisément, le Gap of
Dunloe se trouve dans les McGillycuddy's reeks, soit la chaîne de montagnes la plus haute d'Irlande (plus haut sommet d'Irlande 1040m d'altitude: ça a l'air ridicule comme ça, mais montez les à
pied).

Vers 10h30 on commence la ballade (euphémisme). On a marché pendant
un long moment sur du plat, au creux d'une vallée. C'était vraiment superbe. ça a été creusé par la fonte de glaciers il y a très très très longtemps. C'est juste sauvage, lunaire. On se croirait
dans le Seigneur des Anneaux, en plein Rohan pour les connaisseurs, ou dans le vent se lève, de Ken Loach. Il y a des chevaux et des moutons aussi. Il faut savoir que cette vallée est tellement
encaissée, que dans certains endroits il paraît qu'on ne voit jamais le soleil... D'ailleurs quand on y était, il y avait beaucoup de nuages. Heureusement il a pas plu.
Ensuite on a commencé l'ascension à proprement parler. Et c'est là que début la souffrance. C'est vraiment hardcore. La pente est raide, et dans l'ensemble on monte vite. J'étais complètement
essouflée, le seul truc auquel je pensais c'était "respire, parce que quand on respire pas on meurt généralement" (...). On sent qu'on atteint ses limites physiques (peut-être que les miennes sont
pas très dures à atteindre mais tout le monde était dans la même galère). En plus, élément aggravant: je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler grande, donc le moindre rocher, la moindre motte de
terre, le moindre dénivelé devient un challenge, il faut lever la jambe un truc de malade. Heureusement qu'on fait des pauses assez souvent (juste le temps de reprendre son souffle et de prendre
froid).
On était bien encadrés: des gens du club de mountaineering à la tête et à la fin du groupe (pour pas qu'il y ait des gens qu'on sème dans la cambrousse). Les gens sont super sympas, la souffrance
partagée rapproche, forcément...
On a pique-niqué vers 13h au sommet de la première ascension. C'était atroce, on devait s'asseoir réfugiés derrière des rochers, sinon on serait morts de froid tellement il y avait du vent: il y
avait des rafales qui atteignaient facile 120 km/h. Quand on est repartis, on a tous dû sortir les capuches de kway et les grosses écharpes pour survivre (c'était un peu la vengeance de la nature
contre l'homme...).
Nous autres novices du mountaineering, on pensait que c'était fini pour la montée, et qu'on allait tranquillement redescendre au car. Que nenni (quelle candeur tout de même..). On était à environ
650 mètres d'altitude, et le programme c'était de monter encore plus haut (comme dans la chanson de Tina Arena, "pour aller plus haaaauuuut!!!!"). On a monté encore 100 mètres de dénivelé, avec
d'énormes rafales de vent pour couronner le tout. Il fallait se battre à la fois contre la pente (avec mes petites jambes toujours) et contre le vent pour marcher à peu près droit. C'était vraiment
dur, mais heureusement ça réchauffe de marcher...

Une fois au sommet la vue était juste superbe (encore heureux, on
est quand même pas venus pour beurrer les sandwiches!). Le ciel était pas dégagé c'est dommage mais j'ai pris quelques belles photos. Au sommet y avait aussi genre un gros tas de pierres: en fait
chaque personne qui arrive à gravir cette montagne dépose une pierre là, donc j'ai mis ma ptite pierre sur le tas! (preuve à l'appui dans l'album photo).
Après cette ascension héroïque on a enfin entamé la descente. Autant à l'aller j'ai pas eu trop de problèmes avec mes baskets, autant pour la descente c'était vraiment pénible. ça me tenait pas du
tout les chevilles or pour descendre il faut vachement se retenir et le sol est pas plat du tout, y a des trous etc. En plus y avait plein d'eau, c'était galère. Souvent je voyais une jambe de la
personne devant disparaître dans le sol: elle avait marché dans un trou... Heureusement que ça m'est pas arrivé je pense que j'aurais pas ressorti ma chaussure de la boue, et revenir en chaussettes
au car, curieusement ça me tentait moyen...
Le meilleur moment de la randonnée, c'est quand tu vois le ptit village d'où t'es partie le matin, le car qui t'attend, et le pub dans lequel tu vas pouvoir te réchauffer. J'ai pris un chocolat
chaud, ça fait vraiment du bien. Tu sens ta peau qui tire tellement t'en as pris plein dans la tête toute la journée...
Retour en car ensuite. On dormait presque tous tellement on était morts. On a dû marcher quelque chose comme 6 heures d'affilée au total.
Mais bon la morale de l'histoire, c'est que ça valait le coup de souffrir (j'ai dû me tordre approximativement 300 fois chaque cheville). Je peux dire "je l'ai fait!!!" ("I did it" pour les
bilingues). C'est vraiment trop trop beau l'Irlande. ça fait des bons souvenirs en plus. ça compense les trois semaines de courbature qui suivent la randonnée.
Voilà pour le Gap of Dunloe. J'ai créé un album photo (témoignage pour l'histoire) avec les plus belles vues et les têtes des gens crevés...
Je sais pas quand j'aurai le temps et l'énergie de retourner à une rando, mais je vais me pousser je pense, parce que ça vaut vraiment le coup. Sur ce, slàn!